Les auteurs, reporters à la "Reppublica" et qui figurent parmi les journalistes les plus accrédités d'Italie, sont devenus des familiers de Corleone, patrie de Toto Riina, celui qui a porté le "clan des paysans" de ces terres arides siciliennes jusqu'au sommet du gouvernement mafieux puisqu'on lui doit d'avoir réécrit les règles du jeu entre la mafia et l'Etat, ainsi qu'entre les "familles" elles-mêmes. Dans les années 90, Riina avait définitivement transformé Cosa Nostra en "Cosa Riina", la faisant à la fois sa "cause" et sa "chose". Personnage énigmatique, Toto Riina est un criminel de haut niveau. Ignorant, mais cependant doté d'une intelligence vive et intuitive, il est parvenu pendant fort longtemps à échapper aux traques policières. Il n'est tombé qu'après vingt ans de cavale et beaucoup ont pensé à tort- que la pièce était bel et bien finie. On le soupçonnait d'avoir commandité les meurtres d'un millier de personnes: magistrats, juges, hauts fonctionnaires, et de s'être personnellement impliqué dans une quarantaine d'assassinats. Mais où se situe la vérité dans l'univers dévoilé par les "repentis" comme Buscetta, Contorno, Calderone, Mannoia, Mutolo, Marchese, Di Maggio? C'est après avoir vu le célèbre mafieux que les auteurs ont eu envie de raconter son histoire. Ils se sont entretenus avec ses proches, ceux qui l'ont connu, combattu, trahi, jugé et ils ont constaté qu'aujourd'hui encore, on continue à le craindre. A Corleone, nous disent-ils, après avoir cherché à reconstruire son parcours criminel en se contentant "de fragments et de bribes de vérités", quinze ans après la chute du "parrain", tout est resté comme avant, à ceci près: maintenant, "des jeunes ont pris la place des vieux". AP
Ed. du Toucan (traduit de l'italien par Johan-Frédérik Hel Guedj; 368 pages; 22 euros)






