A-t-on le droit de se tromper? Oui, bien sûr, à condition d'assumer ses choix, quitte à les regretter. Surtout quand il s'agit de choix sentimentaux, comme le montre le nouveau film de Zabou Breitman, "Je l'aimais" (ce mercredi sur les écrans français), avec Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze.
C'est le deuxième roman de l'écrivain à succès Anna Gavalda porté à l'écran, après "Ensemble c'est tout" de Claude Berri, il y a deux ans, avec Audrey Tautou et Guillaume Canet. "Il s'agissait de raconter une histoire d'amour. Ou plus exactement son souvenir", explique Zabou Breitman.
Souvenir, souvenir. C'est l'un des thèmes favoris de la réalisatrice, dont c'est le troisième film après les très jolis "Se souvenir des belles choses" en 2002 et "L'homme de sa vie" en 2006. Pour "Je l'aimais", elle confirme avoir abordé l'adaptation du livre "par le biais du souvenir d'abord, sujet qui m'est cher. Ca a été ma porte d'entrée dans le roman". Il est 23h et Chloé (Florence Loiret Caille) pleure. Elle est mariée depuis sept ans et a deux petites filles, et son mari vient de lui annoncer qu'il la quitte, pour une autre. Chloé pleure et c'est son beau-père Pierre (Daniel Auteuil) qui la console, et décide de l'emmener passer quelques jours, avec les filles, dans son chalet dans les Alpes, sous la neige.
Là, les deux se parlent, se confient, devant un feu de cheminée, un soir. Chloé pleure, mais c'est Pierre qui raconte son histoire. Une histoire. L'histoire d'amour qu'il eut, jadis, avec une jeune femme, Mathilde (Marie-Josée Croze). "Je l'aimais. Si tu savais comme je l'aimais...", dit-il. Une passion forte, un amour profond, mais pour lesquels il n'a pas su faire le bon choix, il n'a pas su -ou voulu- oser quitter sa femme et changer de vie...
"C'est un film sur le choix", explique Zabou Breitman. "Le personnage de Pierre le synthétise dans une réplique: 'La question est: a-t-on le droit de se tromper?'. Je pense qu'on peut se tromper, mais pas en évitant de choisir. L'absence de choix me semble morbide, terrifiante. Et pourtant on est confronté à ça tous les jours".
La réalisatrice évite l'écueil du film trop intimiste, du huis clos de deux personnages qui passent la nuit devant la cheminée à raconter ou entendre des souvenirs. L'essentiel de la mise en scène concerne l'histoire d'amour entre Pierre et Mathilde, depuis son commencement à Hong Kong (où Pierre était en voyage d'affaires et Mathilde traductrice, jolie scène de rencontre) jusqu'à ses différents rebondissements, ses hauts et ses bas au fil du temps.
Dans cette histoire, la sensibilité et la maturité de Daniel Auteuil s'adaptent parfaitement au personnage, tout comme la vitalité et la beauté de Marie-Josée Croze. Celle-ci rendrait presque peu crédible le mauvais choix fait par le personnage de Pierre, mais justifie après coup la nostalgie et les regrets de s'être ainsi trompé. D'avoir, tout simplement, laissé filer entre ses doigts l'amour de sa vie.






