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23 Novembre 2008
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Accueil Éditeurs La Petite édition Editions L'arbre Vengeur

Editions L'arbre Vengeur

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Petit figurant masqué dans l’immense théâtre de l’édition française, forêt touffue riche de milliers d’éditeurs, l’Arbre vengeur a choisi de pousser loin de la foule déchaînée impitoyable pour les jeunes roseaux, sans se priver du plaisir de s’offrir des auteurs originaux ou de renom, soit qu’ils s’autorisent un détour par cette petite structure associative, soit que leur condition de morts définitifs les rende disponibles à toute initiative.

"Notre catalogue rassemble tous nos penchants : écrivains excentriques ou « fins de siècle », dynamiteurs discrets ou créateurs méconnus à la destinée imprévisible."

 

 

Autoportrait

d’une micro-maison d’édition

(histoire de répondre à quelques questions que personne ne se pose).

 

# L’Acte de naissance

A force, dans des conversations tardives, de se dire « tiens, c’est dommage, pourquoi personne ne songe à rééditer ça ? » ou « bon sang, déjà épuisé ! », à force de manipuler les milliers de nouveautés qui paraissent en une année et qui obligent à beaucoup relativiser sur l’existence et le durée de vie d’un livre, à force de se dire que c’est possible pour peu qu’on s’y mette, voilà deux compères, l’un, graphiste qui travaille beaucoup pour les autres et peu pour lui, l’autre, libraire qui n’en a jamais assez de transbahuter du papier broché, qui s’associent avec trois euros et six sous en poche parce qu’un fantasme s’assouvit mieux à deux…


# Le Baptême 

« On se lancera quand on aura trouvé le nom ! » Bonne idée certes mais six mois pour accoucher de « l’arbre vengeur », tout de même. Ça va pas faire sérieux, et puis on va nous demander ce que ça veut dire, et puis on va nous soupçonner d’écologie rampante, et puis faut savoir qu’un arbuste dans la forêt a très peu de chance de grimper plus haut que la cheville, et puis tant pis, on n’a rien à perdre, on se mettra une cagoule pour les réunions éditoriales, ça nous exaltera !"


# Premières pousses 

Les livres de L’Arbre vengeur, au début, ont été fabriqués de nuit, à la lumière tremblante d’une chandelle, pliés, cousus à la main, massicotés, etc… :

La véritable épreuve pour se prouver qu’on a vraiment envie d’y arriver. Plus ou moins bien accueillis par quelques libraires compatissants (et Sauramps, la première grande librairie à nous prendre au sérieux, cela ne s’oublie pas) mais sans le discours militant du petiot au milieu des grands fauves : notre seul viatique, presque honteux, le plaisir ; celui de refaire surgir fugacement un texte aimé, celui de lui donner forme, celui de ne pas se fixer d’autres contraintes que de lui trouver assez de lecteurs pour continuer.

Bien sûr cela sent un peu sa « fin-de-siècle » avec Louÿs, Gourmont, Toulet, Renard, mais c’est sous les vieux chênes que l’ombre est la meilleure et ces morts définitifs nous offrent leur bénédiction muette sans nous faire de reproches. Richepin, pour l’humour noir, Chadourne pour l’humeur noire, Bloy pour les deux à la fois, Audiberti pour son exceptionnelle beauté, tous ces auteurs croisés un jour et dont on se sent plus proche d’avoir sué sur chacun de leurs mots vont rejoindre cette assemblée de grands méconnus.

# Arbustes 

Sans vouloir à tout prix se prendre pour un véritable éditeur, nous nous disions cependant qu’il allait falloir se colleter au monde des écrivains vivants, assumer des choix contemporains, prendre un peu plus de risque.

Jean-Yves Cendrey a joué le jeu tout de suite, nous proposant de fouiller dans sa malle pour en sortir un petit joyau oublié, une lettre au père où éclataient les raisons de sa colère (Conférence alimentaire) en même temps que son don pour le mot juste et cruel. Epuisé en quelques semaines, repris dans son livre suivant (Les jouets vivants), ce livre très mince nous a donné un petit air de respectabilité irrespectueuse qui nous convenait bien.

Désormais nous oserions prendre bouche avec des écrivains que nous admirions pour leur proposer une petite branche de l’arbrisseau : Marc Petit, nouvelliste et conteur hors pair et hors mode (Le Premier violon de Guarnerius, La Nuit du sorcier), Jean-Marc Aubert, véritable et inclassable fou littéraire avec deux textes que nous placions très haut dans nos bibliothèques idéales (Argumentation de Linès-Fellow, Aménagements successifs d’un jardin à C…en Bourgogne), Jean-Luc Coudray, intrépide dynamiteur des conventions inconnu de la scène littéraire (Le Pr Bouc), Odile Massé qui pousse ses obsessions sans jamais défaillir (La Traversée des villes).


# Le syndrome du bonzaï 

les livres, ces objets faits pour la solitude, favorisent les plus belles rencontres. Notre petit catalogue en poche, nous avons poussé la porte de quelques personnes dont le travail nous plaisait, espérant chez eux cette petite étincelle de désir face à notre naïf projet d’éditer des textes sans vouloir se « payer » dessus.

Lise Chapuis, traductrice de l’Italien qui traduisit les premiers Tabucchi, se prit au jeu de la fabuleuse collection que nous lui proposions ; « Selva selvaggia » (d’un vers de Dante où il est question de forêt profonde) pouvait accueillir des anciennetés (un De Amicis inédit : Vertiges de l’amour ; un introuvable de D’Annunzio, La Léda sans cygne écrit dans notre région) et rechercher du côté des vivants (ce sera chose faîte avec un recueil inédit de Marco Lodoli au printemps prochain).

Robert Amutio, inlassable marcheur dans la vaste forêt de la littérature espagnole et sud-américaine, quoique lancé dans la grande entreprise de traduire tout Bolano et tout Castellanos Moya, se laissait convaincre de nous ouvrir les portes de sa bibliothèque mystérieuse :

bien sûr les auteurs équatoriens ou chiliens qu’il a repérés sont parfois extrêmement difficile à circonvenir (enfin leurs héritiers surtout…), mais nous faisons des prières pour que le premier volume de sa collection voie enfin le jour en 2007 : un recueil d’un inconnu majeur de l’Amérique latine, José de La Cuadra.

Ce n’est parce que sa vaste bibliothèque est située dans sa cave qu’Eric Dussert ne la quitte jamais : c’est à la lumière de Belleville qu’il découvre ou redécouvre jour après jour des trésors parfois profondément enfouis.

Ayant généreusement accepté de parrainer la réédition de notre Grande vie de Jean-Pierre Martinet, notre dernier livre en date, une plongée terriblement hilarante dans le quotidien d’un petit être larvaire bousculé par l ‘appétit sexuel de sa concierge, il s’est lui aussi pris au jeu de faire jaillir de son fameux alambic quelques élixirs à poser en équilibre sur l’Arbre vengeur : en mars il procèdera à la résurrection d’une petite merveille de Loys Masson, Saint Alias dont la lecture nous a enthousiasmé.

Les projets ne manquent bien entendu pas, les rencontres en engendrant de nouvelles, les idées des uns entraînant celles des autres. Notre souci néanmoins de ne pas grandir, de cultiver le bonzaï que nous avons planté sans le faire grimper artificiellement, ne nous protège d’aucune tentation si elle reste raisonnablement incertaine.

Rééditer Geza Csath (Le Jardin du Mage) a procédé de cette envie pas très réfléchie : stupéfaits par ses textes lus en bibliothèque, il nous a paru impensable de ne pas tout faire pour nous en emparer, trouvant dans son désespoir clinique, dans sa cruauté poétique, dans son onirisme sombre le résumé de tout ce qui nous plaît et nous réunit en littérature.

Il a fallu retrouver la traductrice enchantée qu’on lui offre la chance de pouvoir nettoyer sa traduction de ses imperfections, trouver un illustrateur –car on n’en a guère parlé mais la dimension graphique de nos petits livres, si elle est rarement soulignée, nous importe énormément, cette beauté inutile ajoutée à des mots, ce regard de biais et subjectif se superposant à une écriture – et Jean-Michel Perrin s’est pris au jeu avec une précision et un talent qui nous ont comblé, et oser reproposer cet auteur hongrois enseveli dans l’oubli qui touche vite les œuvres d’auteurs météoritiques.

# En conclusion 

pourquoi conclure alors que notre catalogue ne compte qu’à peine plus de vingt titres ? Nos livres découvrent désormais de nouvelles librairies où ils ne font parfois que passer. Si l’un d’entre eux peut retenir l’attention d’un lecteur qui passera lui aussi, nous aurons le sentiment que cette curieuse manie d’éditer, de vouloir ajouter des livres à ce monde qui n’en manque pas aura trouvé sinon sa justification du moins son excuse.

Et en PS (mais sans souci de flagorner) : merci aux libraires de Sauramps de nous avoir soutenus depuis le début, nos livres leur doivent plus qu’ils ne l’imaginent.

 

Propos recueillis par Emmanuel FAVRE. Lib. Sauramps, Montpellier.

 

- Visiter le site de la Librairie Sauramps à Montpellier

- Consultez le catalogue des éditions l'arbre vengeur

 

 

 

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