
Naguère, les récompenses faisaient découvrir des auteurs et des œuvres. Désormais, les jurys choisissent très souvent leur lauréat parmi les best-sellers. Les gens de lettres n'ont jamais été tendres entre eux. Mais il fut un temps où ils exprimaient leurs inimitiés dans une langue châtiée. De nos jours, certains ne font plus tant de manières. Les propos qui suivent sont pour le moins inélégants, qu'on nous pardonne. Ils ont pourtant été tenus par un membre éminent du jury Renaudot. Il a affirmé, le poing serré, comme s'il se trouvait sur un terrain de football : «On va niquer le Goncourt !» Ces mots en disent long sur la guéguerre que se livrent les différents jurys littéraires.
Il y a eu la rivalité historique qui opposa le prix Goncourt au Femina - le premier est né en 1903, le second a été créé en 1904 par une «académie féminine» qui voulait dénoncer la misogynie de ces messieurs. Désormais, c'est la concurrence entre le Goncourt et le Renaudot qui est la plus vive. Par tradition, les membres de ces deux jurys doivent, chaque année, annoncer le nom de leur lauréat le même jour, à la même heure, au même endroit, après avoir déjeuné dans le même restaurant, au Drouant, place Gaillon à Paris, mais pas à la même table ! Cette année, ce sera le 10 novembre. Cette convivialité de façade n'empêche pas les coups bas…



Éditeurs








