
L'écrivain, ancien médecin sans frontières, aujourd'hui ambassadeur de France au Sénégal, a rendu hommage jeudi à Henri Troyat.
L 'Académie française reçoit en son sein des écrivains, des avocats, des chefs d'État. Moins souvent des orateurs. Jean-Christophe Rufin, qu'elle recevait hier, a ce don, en plus de quelques autres. Saluant la mémoire de l'écrivain Henri Troyat, il est parvenu à captiver l'assemblée de bout en bout , jouant avec sa main et sa voix pour présenter son prédécesseur sous son meilleur jour. Un académicien lui avait dit quelques heures plus tôt, d'un ton paternel : «Un petit conseil, numérotez vos feuillets.»
Rompu aux exposés, conférences et autres cours magistraux, Jean-Christophe Rufin administra à l'assemblée un remarquable discours sur la Russie (réelle ou rêvée) chez Henri Troyat. Il revint sur l'enfance de celui qui naquit Lev Tarassov, du Caucase à Constantinople, puis Paris, dans la tourmente de la révolution russe. Quand il se mit à évoquer cette partie de la vie de l'écrivain, on crut que l'impétrant allait laisser sur-le-champ son habit, son bicorne et son fauteuil pour prendre le premier avion. Plus sagement, Rufin montra avec beaucoup d'intelligence que l'œuvre abondante de Troyat représente une lente intégration dans la culture et la société françaises, pour effacer les blessures de l'émigration. Il parla avec fougue et avec cœur de celui qui fut à l'Académie durant près de cinquante ans. C'était le meilleur moyen de se faire accepter sur-le-champ dans cette compagnie.








